Un peu de tout et plus encore...

Des bruits de cavalcade se font soudain entendre sur le sentier, les feuillages frémissent et les haies du pré s’écartent. Un loup en émerge, suivi d’un second puis d’un autre encore. Le Patriarche s’immobilise, les yeux étincelants et les crocs découverts.
Le bohémien s’est retourné et de stupeur a délaissé Lukas.
D’autres loups arrivent encore et s’approchent, les poils du dos hérissés. L’homme se relève lentement, les loups sont en arrêt devant lui et l’épouvante le défigure, écarquille ses yeux… Clothilde ne comprend pas non plus ce qui se passe…
Elle entend Lukas gémir comme un animal blessé, puis elle le voit ramper sans la moindre crainte vers le loup le plus clair, qui le flaire puis le lèche. Enfin il se met à genoux puis hurle. Alors la louve, babines retroussées, bondit brusquement sur le bohémien et dans un grondement plante ses crocs dans sa gorge.
Il n’a pas eu le temps de s’enfuir, s’est à peine débattu et s’est écroulé, le cou ensanglanté. Maintenu au sol par la gueule impitoyable il a émis quelques râles, mouliné l’air de ses bras puis est mort, les yeux hagards.
Alors seulement Blondine l’a lâché et tous les loups se sont jetés sur lui.
Sans le moindre regard vers la horde qui s’acharne, Lukas à genoux au bord de la mare a saisi Clothilde par une manche et tente de l’attirer vers lui. Tétanisée par le spectacle, les pieds pris dans les tiges des nénuphars et incapable de s’en dégager, elle a fini par abandonner. C’est à peine si elle réagit, ses yeux sont clos et son visage livide. Dans un effort surhumain il parvient à la sortir de l’eau, tire son corps inerte puis s’effondre dans l’herbe sous le poids de la jeune fille.
Il reprend son souffle, retire le chandail trempé et enlève le sien qu’il pose sur le buste et les bras glacés de Clothilde. Il écarte du visage bien aimé les mèches de cheveux collés, quelques une des minuscules feuilles de lentilles d’eau. Sa tresse effilochée en est recouverte, tout comme sa jupe et ses jambes. Lukas caresse les joues, les lèvres décolorées et dans un élan d’amour les embrasse tendrement.
Puis il commence à frictionner les bras par dessus le lainage, persévère de longues minutes…
Clothilde frémit, frissonne puis se met à trembler. Elle est transie, essaie d’articuler quelques paroles mais aucun mot ne sort. Attentif à sa moindre réaction Lukas l’observe et continue de la réchauffer. De temps en temps ses cils se soulèvent, elle regarde Lukas et referme les yeux ; des larmes s’échappent et roulent de chaque côté jusqu’à ses tempes. Elle grelotte. Alors le jeune homme cesse ses efforts, et décide de la ramener aux Forges.
Avec douceur il l’habille de son chandail, la prend dans ses bras et la serrant contre lui s’en retourne vers le village.