Un peu de tout et plus encore...
Lukas joue parmi les loups sans se douter que son secret vient d’être découvert. Insouciant, il batifole avec les louvards, se traîne à quatre pattes dans les vieilles feuilles en clabaudant à tue tête. Les jeunes bondissent autour de lui et lui répondent en glapissant, intrigués par ce frère si singulier.
La Maudite qui observe un peu plus loin, ose approcher quelques instants pour finalement s’enfuir. Perturbée par toute cette agitation, elle disparaît derrière les blocs de granit. Lukas, essoufflé par ses allers-retours dans la clairière, se laisse tomber et reste allongé quelques minutes, imité par ses compagnons de jeu qui s’affalent à ses côtés.
Du bout des doigts il fouille dans l’humus et son regard balaye les hautes frondaisons criblées par la lumière chaude de l’été. Le temps semble s’étirer.... Par moments un soupir de brise bouscule les feuilles qui bruissent et frissonnent, des insectes pressés fendent le fragile silence en vrombissant, un pic-vert tambourine sur l’écorce d’un arbre proche. Un des loups gémit dans son rêve agité. Lukas inspire profondément et sourit de bonheur en sentant la Vie qui vibre partout autour de lui. Si seulement Thilde pouvait être là... Il donnerait cher pour partager avec elle ce miracle. Bientôt peut-être acceptera-t-elle de le suivre dans les bois noirs, maintenant qu’elle sait...
Thilde... Elle n’a pas encore repris ses après-midi de garde auprès de ses moutons. Ses parents préfèrent qu’elle attende encore un peu. Même si elle se sent beaucoup mieux, même si le danger n’existe plus. Les bohémiens ont déguerpi le lendemain même, après avoir cherché longtemps le scélérat. Ils ont récupéré le chapeau de cuir, laissé les lambeaux de vêtements. Les loups ont hurlé longtemps cette nuit là, les incitant à fuir au plus vite. Ils sont probablement partis sans se douter du véritable drame qui s’était déroulé dans les prés. Les paysans n’ont retrouvé aucun vestige du corps.

Lukas se redresse et se met debout. Il est temps de rendre visite à Clothilde, comme il le fait chaque jour depuis cet odieux évènement. Il attrape son bâton, jette un dernier coup d’œil vers la meute paisible, traverse la clairière et s’éloigne en direction du chemin.
A cet instant la Maudite surgit des taillis, va s’étendre près de l’arbre creux et se lèche les pattes avant avec application. Son museau est maculé de sang frais.
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