Un peu de tout et plus encore...
Des jours toujours renouvelés, des jours qui s’écoulent et s’amoncèlent un à un dans le sablier de la vie et qui un beau matin se comptent en années.
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Cinq ans plus tard.
La lourde porte vient de se refermer sur l’épais mur de la tour. Lukas se retrouve dans la ruelle de la Mal Coiffée et respire à pleins poumons l’air frais du matin.
Une heure à peine auparavant quand le verrou de sa cellule a grincé, il s’attendait à recevoir sa ration habituelle de pain et sa maigre pitance mais au lieu de cela il a entendu le garde lui dire :
- Eh toi… ramasse tes affaires et suis moi... tu sors aujourd’hui....
Malgré sa surprise il ne s’est pas fait prier et après de brèves formalités de sortie il s’est vu libéré avec sept ans d’avance pour ‘conduite exemplaire’, à la demande d’un haut dignitaire de la ville de Moulins.
On lui remit un paquetage contenant des souliers neufs ainsi que des pantalons de drap et un lainage de bonne qualité, une bourse pleine d’argent ainsi que divers objets utiles à son quotidien immédiat. Il était clair que des consignes précises avaient été ordonnées et pensées dans le moindre détail, mais il ne sut jamais la raison exacte d’une telle grâce.
Il supposa que Mademoiselle Eléonore, finalement rongée par le remord avait avoué sa manigance, entraînant probablement par la même occasion la chute du médecin pour son faux témoignage. Mais cela ne restait que des hypothèses et quoiqu’il en fût, la Vie venait de lui faire un cadeau.

Et ce matin de février, debout sur les pavés devant la Mal Coiffée Lukas pleure presque de joie en pensant qu’après six années d’exil il lui est permis de rentrer chez lui et il murmure :
- Thilde, ma mère et vous mes frères... je suis de retour... enfin...
Chaque heure étant précieuse et puisqu’il en avait les moyens il se débrouilla pour prendre le train le jour même, pour la première fois de sa vie. Il s’arrêta le soir à l’auberge d’un petit bourg pour y passer la nuit où il acheta à un colporteur pour quelques sous une peau de loup qu’il ne pouvait laisser filer.
Son sommeil fut agité et il fit un rêve bref mais étrange dans lequel une louve accompagnée de ses deux louveteaux venait à lui et il en ressentait une joie immense. Au matin il sortit très tôt, son cabas en bandoulière et la fourrure sur ses épaules. Il lui restait encore pas mal de route, qu’il devait continuer à pied.
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Sur le grand chemin qui descend des Bois noirs jusqu’au village des Forges, un homme avance lentement puis s’arrête. Il n’est plus pressé, il prend le temps de contempler les toits d’ardoise des fermes d’où s’élèvent des fumées, là-bas par delà les champs. Les pommiers qui les bordent tendent vers lui leurs branches encore dénudées et lui souhaitent la bienvenue. Il sourit, attendri, et poursuit son avancée.
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(Au même moment)
Thilde descend chez l’Adèle et emporte le gâteau aux châtaignes qu’elle a préparé. C’est dimanche et elle rejoint ses enfants pour le goûter. Ils aiment bien passer du temps chez cette grand-mère là car ils y retrouvent également Albin, Bastien et Landry, qui leur apprennent des tas de choses.
Tous s’installent autour de la table, devant les bols de lait chaud au miel qu’Adèle a servis et ils commencent à manger. P’tit chat est même là lui aussi, et réclame quelques miettes en miaulant de temps à autres sous le nez de Finaud, qui passe sa vieillesse affalé à dormir au chaud devant l’âtre. Des plaisanteries et des rires fusent, le feu crépite dans la cheminée, c’est un beau dimanche, doux et serein.
Et puis soudain, l’Adèle fait signe à tous de se taire car elle a entendu quelque chose. Effectivement c’est le chien de la Lucienne qui jappe avec insistance un peu plus haut dans le village, repris par celui du Raoul. Des regards interrogatifs se croisent et c’est alors que Luca dit tranquillement, très sûr de lui :
- Voilà notre papa qui revient...
- Oui, c’est notre papa qui revient enfin... affirme Lucie en regardant sa mère.

Thilde a blêmi et tous se regardent en silence. Alors lentement elle se lève et se dirige vers la porte, tremblante. Au même instant, le heurtoir cogne contre le bois.