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Un peu de tout et plus encore...

Les archives inachevées - 5

 

Voici la boîte de la peur incontrôlable. Rien qu’à la regarder, la sueur perle à mon front, coule le long de mon dos. L’ouvrir c’est plonger dans une angoisse de mort.

A Aubervilliers. C’est l’année de mes quatorze me semble-t-il. Ça se produit parfois quand je me couche. Je m’allonge, j’éteins la lumière et ça commence. Je n’ai pas l’impression de penser à quelque chose de particulier, alors ça vient d’où ce truc qui m’engloutit ?
D’abord ça me pique autour de la tête, comme si je portais une couronne d’épines. Une chaleur de fièvre m’envahit et j’ai peur. Mon cœur commence à battre de plus en plus fort et de plus en plus vite… J’ai peur, j’ai peur, de cette peur qui m’étrangle et me crucifie à chaque fois. Quand elle a fini de me dévaster, elle se retire doucement après l’explosion en me soufflant « à bientôt ».
Et elle revient de temps à autres me foudroyer sur place.

Un soir je me suis levée pour demander de l’aide à ma mère. Je lui ai dit que j’avais peur. Bien sûr elle a voulu savoir de quoi et je n’ai pas été capable de lui répondre. Peur de QUOI ? Je n’en sais rien et je voudrai bien mettre un nom sur ce monstre irrationnel qui vient me vampiriser.

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La chambre ne lui suffisant plus, il m’a traquée jusque dehors.
Toujours adolescente. Je marche dans la rue mais il y a quelque chose qui ne va pas. C’est pire que dans une arène. Je marche la tête baissée, car je vois une personne qui arrive vers moi.
Ah non… là je crois que ça ne va pas être possible…
La croiser s’annonce être un véritable supplice. Je ne connais pas cette personne, je sais qu’elle ne va rien me faire mais je ne PEUX PAS la croiser. A ce moment là c’est l’enfer qui m’avale. La seule solution est de me mettre le nez dans la vitrine, pour qu’elle ne me voit pas.
Ça m’est arrivé souvent pendant mon adolescence. Je n’avais que deux choix : le nez dans la vitrine, ou traverser la rue pour éviter que nos chemins se croisent. Et j’étais sûre dans ces moments là que je devenais folle.

Je pense avoir atteint par moments les lisières de l’agoraphobie.
C’est la déduction que j’ai faite plus tard car à l’époque je m’étais bien gardée d’en parler à qui que ce soit, et n’avais donc pas d’explication à cet étrange état.

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C’est la nuit, et je me réveille. C’est bizarre quand même… il fait tout noir, les volets ne laissent passer aucune lumière contrairement à d’habitude.
Je n’y vois rien dans cette chambre à l’obscurité dense. Cela n’est pas normal, mes yeux sont grand ouverts mais je ne vois plus. C’est ça, je ne vois plus, je suis devenue aveugle pendant la nuit. J’ai peur, mon cœur s’accélère et j’étouffe… Je manque d’air, je ne peux plus respirer… Je me tiens raide comme un piquet, c’est comme si je ne pouvais plus bouger, cette chambre me semble oppressante, rétrécie, réduite aux dimensions d’un cercueil… Oui c’est ça… je suis dans un cercueil ! On m’a cru morte et me voilà enfermée, enterrée même… Oh mon dieu ça n’est pas possible… comment je vais faire.. !?? Je vais mourir étouffée là-dedans ! Au secours…!!!
Je suffoque et parviens à lever un peu mes bras, mes mains cherchent à tâtons autour de moi… Il n’y a rien d’autre que ce noir épais… Ah… je peux enfin vraiment bouger… ma main trouve sur la droite l’interrupteur de la lampe de chevet. J’allume. La lumière emplit la pièce et enfin je vois, je vis.

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Voilà une autre casserole que j’ai traînée pendant des années, surtout dans le métro quand on est collés les uns aux autres et qu’on se jette des regards en biais.
Je ne m’asseyais pratiquement jamais, pour ne pas me sentir coincée là à ne pouvoir bouger, face à face avec les autres, pour fuir au cas où. Mais fuir quoi ?

Les REGARDS. Surtout que l’on ne me regarde pas.

Je suis debout dans une rame de métro, et c’est déjà la limite du supportable. Les gens qui sont plantés là ou bien assis par quatre s’occupent en regardant les autres. En ME regardant. Et qu’un regard s’attarde un peu sur moi, alors l’angoisse monte de mon ventre à ma tête, diffusant sa brûlure partout dans mon corps et mon esprit. Je deviens incapable de raisonner. Ma tête devient brasier. Alors à cet instant c’est comme si un gyrophare tournait au-dessus de moi pour me dénoncer. « Regardez ! elle est là ! »
Et je voudrais disparaître, m’évaporer… Qu’est-ce que je fais là ? je ne devrais pas être là. Oui c’est ça, je n’ai rien à faire ici et je me sens coupable . Coupable d’être là, coupable d’EXISTER.

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